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Rencontre

Vivre tout simplement durablement – avec l’experte «Slow Food» Laura Schälchli

Texte: Lena Grossmüller / Vidéo: Safak Avci / Photos: Jürg Waldmeier, Nick Lobeck / 16.06.2016

Produits saisonniers, culture écologique, producteurs régionaux – telle est la philosophie du Slow Food. Ce qui a commencé comme un petit mouvement est devenu entre-temps une tendance mondiale. Mais comment une approche consciente de l’alimentation peut-elle être intégrée de façon simple et facile dans le quotidien? Laura Schälchli, présidente de Slow Food Youth Schweiz, doit le savoir. MyCard a rencontré la jeune femme de 34 ans et a discuté avec elle du bien manger et des astuces permettant d’intégrer facilement la durabilité dans le quotidien.

Il règne dans l’appartement mansardé très éclairé du Kreis 3 à Zurich une délicieuse odeur d’herbes fraîches: basilic, ail des ours, pissenlit. La plupart d’entre elles ont été cueillies par Laura la veille lors d’une promenade au pied de l’Uetliberg. Les herbes fraîches font partie du menu que Laura compose pour une rencontre Slow Food Youth. Laura aime faire la cuisine, mais elle ne se considère pas comme une cuisinière. Elle se sent plutôt comme une ambassadrice du Slow Food, qui aimerait transmettre l’envie et le goût avec des produits durables et de qualité.

Tout avait pourtant commencé bien différemment. Laura a étudié le design management à New York, avant de suivre des études de master à l’université des sciences gastronomiques de la ville italienne de Bra, un bastion du Slow Food. Il y a deux ans environ, elle s’est mise à son compte avec «Sobre Mesa». «Sobre Mesa» est pour Laura le canal qui lui permet d’organiser des initiatives culinaires, des cours et des ateliers temporaires sur un large éventail de thèmes – fermentation japonaise, Craft Beer, insectes, épices, déchets ou photographie alimentaire – et de conseiller des entreprises sur une culture alimentaire durable. MyCard l’a rencontrée pour une interview.
 

A quoi veillez-vous lorsque vous faites vos courses?
Je n’achète que des produits de base, des choses très simples: des oignons, de l’ail, des légumes. Je n’achète pas de produits finis et si possible pas non plus d’aliments transformés, à l’exception du fromage. Je n’achèterais jamais un yoghourt aromatisé; on peut y ajouter soi-même des noix, du miel ou de la confiture. Vous seriez étonné de savoir combien d’exhausteurs de goûts et d’additifs sont contenus dans les aliments, à commencer par le sel. Lorsqu’on trouve des numéros E dans les ingrédients, il faut être conscient qu’on a ces numéros E dans tout ce que l’on cuisine avec, et ça, je ne le veux pas.

Quelle a été votre éducation en termes d’alimentation?
J’ai grandi au sein d’une famille de sportifs. Ma maman est professeur de tennis, et mon frère a pratiqué le hockey de façon intensive. Nous avons donc toujours consommé extrêmement beaucoup de glucides. Et aussi des produits finis: pizzas surgelées, bâtonnets de poisson, cornflakes. Je me souviens encore de toutes ces quantités de cornflakes que j’ingurgitais, et avec beaucoup de sucre en plus! A l’époque, le Slow Food m’était encore totalement inconnu.

L’idée de base du Slow Food est de manger régional et biologique. Qu’est-ce qui est mieux: régional mais pas bio ou bio, mais pas régional?
De préférence bio et régional! De manière générale, j’achèterais plutôt quelque chose dont je connais l’origine. Mais cela demande beaucoup de temps. Il faut aller au marché, apprendre à connaître les producteurs... Lorsque quelque chose vient de loin, on peut se référer aux labels comme p. ex. ceux du commerce équitable. Ou à certaines entreprises en particulier qui s’investissent vraiment en faveur de la durabilité, comme le distributeur alimentaire «Gebana». A ce propos, il existe une étude intéressante réalisée par Coop en collaboration avec l’EPF de Zurich. Celle-ci a révélé que les tomates de la région de Zurich ont un impact bien plus important sur l’environnement que certaines tomates du sud de l’Italie. En Italie, il faut leur donner beaucoup moins d’eau et elles ne nécessitent pas la construction de serres. Bien entendu, il faut les acheminer jusqu’ici en camion, mais cela n’est en rien proportionnel à ce que nécessite la culture hors saison des tomates à Zurich.

Comment la durabilité peut-elle également être intégrée à d’autres domaines de la vie?
Il ne faut pas tout changer du jour au lendemain, il faut y parvenir lentement et progressivement. En ce qui me concerne par exemple, j’achète presque exclusivement des vêtements de seconde main, de préférence dans les magasins de Caritas. Pour les emballages, je veille à acheter le moins de plastique possible, et pour les produits d’entretien et cosmétiques, j’essaie de n’utiliser que des produits biologiques. Tous ces produits chimiques! Et je ne prends quasiment plus l’avion. L’hiver dernier, j’ai repris l’avion après une longue pause. Mais cela ne m’a pas posé de problème, je ne veux pas être extrême. On peut faire bouger beaucoup de choses, mais il ne faut pas que cela nous épuise.
 

«Dans les cafés, il suffit de regarder le sucre: si vous prenez vraiment la durabilité au sérieux, vous devez servir du sucre bio.»

Que signifie le plaisir du goût?
Pour moi, le plaisir du goût, c’est pratiquer une alimentation de façon consciente. Il ne s’agit pas tant du contenu et surtout pas lorsque quelqu’un prépare un plat spécialement pour moi. Mon filleul m’a préparé ce printemps un smoothie avec des fraises et des framboises – autrement dit, des fruits d’été. Mais c’était tellement mignon. Cela peut aussi être un plaisir pour moi.

De manière générale, les gens mangent-ils aujourd’hui mieux ou moins bien qu’autrefois?
Je ne suis pas en mesure d’en juger. J’ai le sentiment que l’alimentation est un thème à la mode, mais je ne pense pas que les gens cuisinent davantage pour autant. Il s’agit bien plus d’un style de vie. Notamment en milieu urbain, beaucoup de personnes se créent une identité à travers leur alimentation. Le fait que tant de personnes prennent actuellement des photos de ce qu’ils mangent le prouve bien. Au final, c’est plutôt une bonne chose, car cela favorise la prise de conscience. Mais il ne faut pas être si naïf et penser que les comportements alimentaires peuvent fondamentalement changer pour autant.

Le Slow Food n’est-il pas aussi un style de vie?
Oui, je le pense. Mais c’est un bon style de vie. Et cela permet de voir immédiatement qui prend cela au sérieux et qui non. Même en ce qui concerne les cafés et les restaurants.
Il suffit de regarder le sucre et on est très vite fixé. Le sucre bio coûte en effet deux fois plus que le sucre traditionnel. Si vous prenez vraiment la durabilité au sérieux, vous devez servir du sucre bio.
 

Quelles sont vos sources d’information et d’inspiration en matière de Slow Food?
Je consulte une vingtaine de blogs chaque jour ou suis abonnée à leur newsletter. Cela m’inspire pour de nouveaux thèmes, mais aussi pour des recettes. Je ne suis abonnée à aucun magazine, mais je lis des livres – les livres de cuisine constituent une super lecture pour le soir. La plupart de mes livres ne sont cependant pas des livres de cuisine, mais des livres spécialisés dans un thème en particulier.

Quelles sont les tendances actuelles dans le domaine alimentaire?
Les thèmes importants sont actuellement le vin naturel, la bière artisanale ou la fermentation. Autrement dit, des techniques qui permettent de produire soi-même quelque chose de grande qualité. Ce sont ces tendances que j’intègre à mes cours «Sobre Mesa». A l’avenir, je voudrais encore me concentrer davantage sur les moyens d’amener les gens à cuisiner. Transmettre un savoir que l’on peut mettre en pratique.

Un conseil sur la façon de vivre durablement?
Un conseil tout simple, c’est de ne rien manger qu’on ne peut pas prononcer. Je n’achèterais jamais un paquet qui mentionne quelque chose de très complexe.
 

A propos de «Sobre Mesa»
«Sobre Mesa» organise des rencontres sur la culture alimentaire. L’entreprise a été créée en 2014 par Laura Schälchli et organise depuis lors des ateliers, des cours et des excursions sur différents thèmes, en collaboration avec des chefs, des producteurs et des spécialistes de l’alimentation. Ils ont tous une chose en commun: un comportement conscient et durable vis-à-vis de l’alimentation.
www.sobre-mesa.com


 

A propos de Slow Food Youth Schweiz
Slow Food Youth Schweiz a été créée en 2011 dans le but de sensibiliser les jeunes consommateurs aux aliments locaux, saisonniers et durables. En tant que branche de l’association internationale «Slow Food», active dans 150 pays, elle organise des ateliers, des manifestations et des visites d’entreprises ou des Eat-in. Laura Schälchli est présidente de Slow Food Youth Schweiz depuis trois ans.
www.slowfoodyouth.ch


 

Laura Schälchli
www.lauraschalchli.allyou.net

3 livres recommandés par Laura:
«Zu Tisch», Anna Pearson / Catherine Pearson, Anna’s Finest Verlag (2014)
www.annasfinest.ch

«Italien vegetarisch», Claudio Del Principe, Brandstätter Verlag (2014)
www.brandstaetterverlag.com

«Mastering Fermentation», Mary Karlin, Ten Speed Press (2013)
www.masteringfermentation.com

Catégorie:

loisirs, art culinaire, story

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